Parterre d'agrément d'une folie provençale du début du XVIIIe siècle

Nature de l'opération : sondages archéologiques
Maître d'ouvrage : propriétaire privé
Maître d'oeuvre : F. Flavigny A.C.M.H.
Responsable scientifique : C. Travers
Autorité scientifique : S.R.A. Provence-Alpes-Côte d’Azur


RESUME

Le château de Sauvan est une maison de plaisance ou "folie" du XVIIIe siècle construite par les Forbin-Janson, seigneurs de Mane, entre septembre 1719 et novembre 1720 sur les terres d’une ancienne bastide médiévale. Il est attribué à l’architecte avignonnais Jean-Baptiste Franque, qui se serait inspiré d’un projet de Pierre-Alexis Delamair, architecte parisien auteur entre autres de l’Hôtel de Soubise à Paris. Un plan de ce projet, antérieur à 1704, et conservé à la Bibliothèque Municipale de Munich, montrait un jardin régulier très élaboré, mais relativement inadapté à la topographie du site. Un arpentage réalisé en 1793 permettait en outre d’affirmer qu’un dispositif paysager complet, composé d’un parterre, d’un bosquet, d’un potager-verger et d’une tèse, entourait la demeure au XVIIIe siècle.

Lorsque les propriétaires actuels rachètent le château de Sauvan en 1981, l’environnement de l’édifice n’est qu’une vaste friche. Après avoir restauré l’ensemble des structures architecturales et mis en valeur les abords immédiats de la demeure, ils souhaitaient étendre leur intervention paysagère au terrain agricole de 3 ha situé en contrebas des terrasses, à l’emplacement présumé de l’ancien parterre. Francesco Flavigny, A.C.M.H. en charge du réaménagement de la parcelle, appuyé par le S.R.A. de Provence-Alpes-Côte d’Azur (Xavier Margarit), est alors intervenu pour demander une étude plus approfondie du parc de Sauvan, incluant notamment des sondages archéologiques. Il s’agissait de savoir quels aménagements avaient effectivement été réalisés au XVIIIe siècle afin de proposer le classement de la parcelle et argumenter un éventuel parti d’aménagement.

L’intervention archéologique s’est déroulée du 3 au 31 juillet 2006. En tout, 13 sondages de 2 m de large ont été creusés, représentant environ 2,65 % de la surface totale étudiée, et une surface linéaire de 460 m.

La prospection de terrain alliée à une relecture approfondie de la documentation historique a permis de découvrir la tèse encore quasiment intacte au sein d’une parcelle agricole bordant le chemin d’accès à la propriété, et de localiser l’emplacement de l’ancien bosquet.

La fouille proprement dite a quant à elle permis de caractériser les différentes étapes de l’évolution du site : la formation géomorphologique (substrat géologique, paléosols), la mise en culture à l’époque de la bastide (présence de drains agricoles), et enfin les aménagements relatifs à la création du parterre au début du XVIIIe siècle.

Il est apparu qu’un certain nombre de travaux préparatoires ont été réalisés avant même la plantation des végétaux et l’aménagement des allées du parterre. Ces travaux ont permis de rendre l’ancien terrain agricole conforme à sa nouvelle vocation de jardin d’agrément :

- Apport de remblais (déblais du chantier de construction du château mêlés à du substrat) pour niveler la parcelle et constituer l’assiette du futur jardin,

- Aménagement de tranchées de drainage faisant en moyenne 5 m de large et 1 m de profondeur, orientées selon l’axe longitudinal de la parcelle, destinées à faciliter l’évacuation de l’eau dans la partie sud de la parcelle soumise à des engorgements saisonniers (ancienne cuvette géologique),

- Apport de bonne terre pour constituer le substrat des futures plantations dans les zones où la terre arable faisait défaut,

- Apport de terre rouge caillouteuse à l’extrémité orientale de la parcelle pour redresser la pente naturelle du terrain et former un terre-plein en surplomb de la route,

Ensuite seulement ont été entrepris les travaux liés au traitement esthétique de surface : plantation des végétaux, création des allées. Les niveaux de surface ayant été brassés par les labours du XIXe et du XXe siècle, seules les structures en creux (trous de plantation) et quelques caractères hérités marquant les sédiments superficiels donnent un aperçu des options esthétiques retenues par les concepteurs du XVIIIe siècle.

D’après nos hypothèses, la composition du XVIIIe siècle consistait en :

- Une esplanade sablée s'étendant au pied de la basse-terrasse du château et précédant le parterre proprement dit,

- Un parterre régulier composé de deux pièces oblongues séparées par une allée sablée de 12 m de large axée sur le château,

- Deux allées latérales de 20 m de large, bordées de chênes (dont certains sujet sont toujours en place) et revêtues de terre rouge, encadrant le parterre,

- A l'extrémité des deux pièces du parterre, une allée axiale de 20 m de large, bordée de chênes et revêtue de terre rouge, aboutissant à une esplanade talutée en arc de cercle, surplombant la route, et offrant un point de vue sur le paysage alentour,

- Au sud, dans le prolongement du mur du potager-verger, une haie végétale type rideau de charmille, fermant l’accès au jardin depuis les terrains agricoles environnants et cadrant la vue depuis les terrasses du château.

Réalisé une vingtaine d’années après le projet de Delamair, le parterre du château de Sauvan s’inspire de toute évidence du schéma général du parterre dessiné par l’architecte parisien. Dans le détail, l’ambition première des Forbin-Janson a cependant été largement revue à la baisse, notamment en ce qui concerne les structures hydrauliques. En effet, la fouille a démontré que les bassins ornant le centre des pièces du parterre et la grande cascade de l’extrémité orientale de la parcelle n’ont jamais été réalisés.